
1013 | Frigos piratés, IA débattue et 2CV électrique : l'actu tech
Show notes
Cette semaine : une cyberattaque qui a vidé des frigos de supermarchés en Europe, une faille à 90 000 dollars chez Google et du malware caché dans Zod ; le grand débat sur l'IA comme outil ou comme automatisation, les modèles juridiques et l'IPO d'Anthropic ; les agents IA et les outils côté développeur ; puis le matériel qui change le quotidien, du solaire de balcon à la 2CV électrique, en passant par un routeur Wi-Fi 7 devenu récepteur radio et Gran Turismo 4 dans le navigateur.
Chronologie
- 00:00:04 Introduction
- 00:00:34 Cyberattaques : frigos portés à 50°C, faille chez Google, malware dans Zod
- 00:04:46 IA : outil ou automatisation ? Le débat et la facture humaine
- 00:08:50 L'économie de l'IA : une IPO jugée ridicule et des modèles frontière
- 00:11:32 Agents et outils du développeur : sandboxes, démons et vrais SSD
- 00:15:55 Matériel et numérique du quotidien : du balcon solaire au PS2 en navigateur
- 00:20:47 Conclusion
Liens connexes
- Fridges in French supermarkets hit by cyber attack
- Hackers activate automatic defrosting in supermarket fridges across Europe
- I Found a $90k Remote Code Execution Vulnerability in Google
- Zod 4.6.6 compromised by malware?
- QGIS bans AI assisted contributions
- 'AI' Is Not a Tool by Rich Hickey
- AI is a tool and using it well takes skill
- AI coding agents generate more code, but not more software
- Fable Took My Job
- Thinking will become a hobby
- Research Firm Calls Anthropic's IPO 'Unprecedented Test of Investor Gullibity'
- GLM-Legal
- Muse Wonder
- Kevin Kelly's 2016 AI Predictions, 10 Years Later
- Launch HN: Agent37 (YC F26) – Low-cost agent sandboxes for running agents
- Codex CLI installs a persistent, self-updating background daemon by default
- Postgres isn't slow, your storage is
- Making big downloads resumable in Firefox
- A Modern Web App in C
- Type-safe HTML templating in Zig
- Solar panels that plug into your wall
- Citroen revives the 2CV for an electric age
- Turn a WiFi 7 Router into a 320Msps Software Defined Radio Receiver
- Show HN: PS2 games statically recompiled to WebAssembly
- Will Linux phones become a viable alternative to the Android/iOS duopoly?
- Who Is Vfmaddrnd231pd?
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Transcript
Claire Martin: Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans le podcast. Je suis Claire Martin.
Nicolas Moreau: Et moi Nicolas Moreau. Alors Claire, ce qui relie tout ce qu'on va voir aujourd'hui, c'est une question assez simple : est-ce qu'on contrôle encore nos outils ? Que ce soit un frigo de supermarché piraté, un gestionnaire de paquets JavaScript, un assistant de code qui se met à jour tout seul, ou même une documentation Intel qui disparaît... la même inquiétude revient.
Claire Martin: Et on va essayer d'y répondre en discutant, comme on le ferait autour d'un café. Commençons par le sujet qui a le plus marqué la journée : une cyberattaque en France, d'une ampleur assez inquiétante.
Nicolas Moreau: Oui, et elle est étonnamment absurde dans son exécution, mais très coûteuse dans ses conséquences. Environ cinq cents supermarchés français ont été touchés. Le logiciel de gestion des frigos — le logiciel Danfoss — a été piraté, et les frigos ont été portés à cinquante degrés.
Claire Martin: Cinquante degrés. Autrement dit, tout le stock de denrées périssables est parti à la poubelle. On parle de pertes de millions d'euros.
Nicolas Moreau: Exactement. Et c'est ça qui est intéressant à discuter : ce n'est pas une attaque par ransomware classique, où on chiffre des fichiers et on demande une rançon. Ici, on attaque un système de contrôle physique. Le préjudice vient de la marchandise détruite, pas du blocage des données.
Claire Martin: Et ce n'est pas limité à la France. L'attaque a aussi touché la Belgique et les Pays-Bas. Donc c'est bien une opération européenne, coordonnée.
Nicolas Moreau: Et là, un commentateur a fait une observation qui a beaucoup circulé : ça rappelle une attaque similaire contre des commissariats militaires américains. Même méthode, c'est-à-dire s'attaquer à des systèmes de contrôle de bâtiment plutôt qu'à des bases de données.
Claire Martin: Ce qui soulève une vraie question de fond : est-ce qu'on a affaire à des cybercriminels cherchant de l'argent, ou à quelque chose de plus géopolitique ?
Nicolas Moreau: La vérité, c'est qu'on ne sait pas. Et c'est une des grandes inconnues de ce dossier : les auteurs et l'étendue réelle de l'attaque ne sont pas connus. On ne sait pas si les cinq cents supermarchés français et les victimes belges et néerlandaises relèvent de la même campagne, ni qui est derrière.
Claire Martin: Et ça pose aussi la question de la surface d'attaque. Un supermarché, a priori, ce n'est pas une cible informatique. Mais dès qu'on connecte la chaîne du froid à un réseau, chaque frigo devient potentiellement un point d'entrée.
Nicolas Moreau: Oui, et c'est là-dessus que la discussion a le plus débat : beaucoup de voix disent que ces systèmes industriels sont connectés à Internet avec des identifiants faibles, parce que personne ne se dit qu'on va pirater un frigo. Et manifestement, si.
Claire Martin: Est-ce que ça va changer quelque chose ? Honnêtement, mon pari serait que oui, au moins chez Danfoss et chez les enseignes touchées. Mais globalement, l'IoT industriel a un problème structurel de sécurité qui ne se règle pas en un incident.
Nicolas Moreau: Restons dans la sécurité, mais on passe du physique au web. Là, c'est une belle histoire de chasseur de bugs, puisqu'une faille de type RCE — exécution de code à distance — chez Google a été récompensée quatre-vingt-dix mille dollars.
Claire Martin: Et la faille elle-même est presque comique. Le cookie Flask du site developers.google.com était signé avec un secret... contenu dans le cookie lui-même.
Nicolas Moreau: C'est-à-dire que le mécanisme de signature, censé prouver que le cookie est authentique et n'a pas été forgé, utilisait une clé qui voyageait avec le cookie. Donc n'importe qui qui peut voir le cookie peut le re-signer à sa guise. C'est un peu comme mettre le cadenas et la clé dans la même enveloppe.
Claire Martin: Et du coup ça permet de forger un cookie valide sur developers.google.com, ce qui ouvre la porte à l'exécution de code. Enfin, il faut rester prudent : le chercheur a bien montré une RCE, c'est ça qui a justifié la prime.
Nicolas Moreau: Ce qui est intéressant à discuter, c'est la catégorie d'erreur. Ce n'est pas une faille cryptographique sophistiquée. C'est un défaut d'architecture : la logique de signature a été mal pensée dès le départ. Ce genre de bug passe les revues de code ordinaires parce que le code « fonctionne ».
Claire Martin: Et ça rejoint le sujet précédent en fait. Le frigo et le cookie Flask ont le même point commun : un composant qu'on considère comme banal et de confiance, alors que c'est lui qui fait tomber la maison.
Nicolas Moreau: Et troisième volet de cette partie sécurité, qui va parler aux beaucoup de développeurs dans l'auditoire : un commit dans le dépôt de Zod — la librairie de validation de schémas, version 4.6.6 — contenait un malware.
Claire Martin: Précisément : un malware qui cherchait un payload via un contrat Ethereum. Donc du code malveillant qui passe par la blockchain pour récupérer ses instructions, ce qui rend la détection et le démantèlement plus difficiles.
Nicolas Moreau: La bonne nouvelle, et elle est importante : le commit n'a jamais atteint npm. Il est resté dans le dépôt. Donc les utilisateurs qui installent via npm n'ont pas été exposés à cette version.
Claire Martin: Mais la discussion qui a suivi était assez vive, parce que ça touche à la chaîne d'approvisionnement logicielle. Beaucoup ont souligné qu'on a eu de la chance cette fois — le malware n'est pas arrivé sur npm — mais que la barrière entre « commit dans un dépôt » et « paquet installé par des millions de développeurs » est mince.
Nicolas Moreau: Il y avait aussi un débat sur la gouvernance des projets open source populaires. Qui relit les commits sur un projet aussi central que Zod ? Des mainteneurs bénévoles, le plus souvent. Et on verra plus tard dans l'épisode qu'un autre projet, QGIS, a réagi à cette pression d'une façon radicale.
Claire Martin: On y viendra, effectivement. Donc si on résume cette première partie : des frigos portés à cinquante degrés, une signature de cookie auto-référentielle chez Google, et du malware dans un commit de Zod. Trois incidents, une même leçon : la chaîne de confiance est fragile de bout en bout.
Nicolas Moreau: Ce qui m'amène naturellement à la suite, Claire. Parce que ce malware, ce démon qui s'installe tout seul, tout ça pose une question plus philosophique : nos outils numériques, est-ce qu'on les contrôle vraiment ? Et il se trouve qu'il y a eu un débat précisément là-dessus, lancé par Rich Hickey.
Claire Martin: Rich Hickey, le créateur de Clojure, donc quelqu'un qu'on écoute d'ordinaire avec attention sur ces questions. Son propos : les LLM ne sont pas des outils, ce sont de l'automatisation.
Nicolas Moreau: Et son raisonnement tient en une phrase forte : un outil, c'est quelque chose qu'on manie, avec contrôle et avec retour immédiat. Un marteau obéit à la main. Un LLM, lui, produit des résultats qu'on ne dirige pas de l'intérieur — on délègue, on reçoit, on espère. Donc fonctionnellement, ce n'est pas un outil, c'est une automatisation, au même titre qu'une machine à laver.
Claire Martin: Et il y a eu une réponse détaillée, notamment sous la plume de yyhh.org, qui conteste cette frontière. L'argument : un LLM peut être un outil si l'humain conserve une boucle de feedback et du jugement.
Nicolas Moreau: Autrement dit, la distinction de Hickey ne serait pas dans l'objet lui-même mais dans la façon de l'utiliser. Si je fais générer du code et que je le relis, le teste, le corrige — si je reste dans la boucle — alors c'est un outil entre mes mains. Si je délègue bout en bout sans vérifier, là oui, c'est de l'automatisation.
Claire Martin: C'est un débat qui me plaît parce que les deux camps ne se contredisent pas complètement, en fait. Hickey décrit un risque d'usage, l'autre décrit un potentiel d'usage. Le problème, c'est que l'économie du logiciel pousse vers la seconde option.
Nicolas Moreau: Et justement, le terrain a fourni deux données très concrètes dans la discussion. La première, une étude relayée par Ars Technica : les gains de vitesse du codage assisté par IA sont absorbés par le goulot d'étranglement de la revue humaine.
Claire Martin: Développons ça, parce que c'est contre-intuitif. On génère du code deux fois plus vite, super. Mais ce code, quelqu'un doit le relire. Et la revue humaine, elle, ne va pas deux fois plus vite. Donc le temps total ne baisse pas — il se déplace. On ne gagne plus du temps d'écriture, on perd du temps de lecture.
Nicolas Moreau: Et plusieurs commentateurs ont fait part de leur expérience directe dans ce sens : leurs revues de pull requests ont explosé en volume, avec du code souvent correct en apparence mais dont le contexte ne maîtrisent plus personne. Certains disaient que la vitesse ressentie pendant la frappe est une illusion comptable.
Claire Martin: D'autres étaient plus optimistes, il faut être honnête : pour du code boilerplate, des tests, des migrations mécaniques, la revue est rapide et le gain est réel. Donc l'étude décrirait surtout le cas où l'IA produit du code complexe à comprendre.
Nicolas Moreau: Deuxième donnée de terrain, et celle-là elle fait mal : le témoignage d'un ingénieur licencié. Il raconte que des modèles comme Fable ne remplacent pas les vétérans. Mais ils l'ont rendu plus cheap que sa compensation.
Claire Martin: C'est une nuance très importante. Le modèle ne sait pas faire ce que faisait cet ingénieur senior. Mais il fait à moindre coût une partie de ce qu'il faisait, et l'équation économique devient : pourquoi payer un senior pour ce qu'un junior supervisant des modèles peut produire ?
Nicolas Moreau: Ce qui contredit un peu le discours « l'IA augmentera les experts ». Ici, elle les marginalise sans les remplacer. Et ça, plusieurs commentateurs l'ont relevé avec inquiétude : à long terme, qui formera les juniors, et d'où viendront les futurs seniors, si le poste d'entrée disparaît ?
Claire Martin: Et il y a eu une prise de position encore plus radicale dans la discussion : Diomidis Spinellis estime que l'IA va remplacer le travail cognitif tout court, et que penser deviendra un loisir — comme la chasse est devenue un loisir après la domestication.
Nicolas Moreau: Une analogie frappante. La chasse n'a pas disparu, elle a changé de statut : on ne chasse plus pour manger, on chasse le dimanche. L'idée étant que réfléchir deviendrait pareil : une activité de plaisir, plus une nécessité économique.
Claire Martin: Beaucoup n'y ont pas cru, et j'avoue que je suis sceptique aussi. On ne sait pas si le travail cognitif peut être « remplacé » de la même façon qu'un travail manuel a pu l'être. Mais le débat avait un corollaire très concret : le projet QGIS a carrément adopté une politique interdisant totalement les contributions faites avec de l'IA.
Nicolas Moreau: Et leur justification, c'est la pression insoutenable sur les mainteneurs. Le raisonnement : si n'importe qui peut générer des contributions à la chaîne avec un modèle, les mainteneurs se noient sous du volume qu'ils ne peuvent pas trier. Plutôt que d'essayer de distinguer le bon grain de l'ivraie, ils interdisent tout.
Claire Martin: C'est exactement l'inverse du présupposé « l'IA accélère le développement ». Ici, elle menace de tuer un projet open source en saturant ses humains. Et ça, bizarrement, c'est cohérent avec l'étude Ars Technica : le goulot, c'est toujours l'humain.
Nicolas Moreau: Restons sur cette ligne : qui décide, l'humain ou la machine ? Et avec ça, on glisse vers un sujet où la machine a une facture, au sens propre cette fois : l'économie de l'IA.
Claire Martin: Parce que le débat Hickey, en fond, c'est aussi un débat sur ce qu'on achète quand on achète de l'IA. Et là, le chiffre du jour vient de chez New Constructs, qui qualifie l'IPO d'Anthropic de « plus ridicule de 2026 ».
Nicolas Moreau: Le détail : New Constructs évalue l'entreprise à cent cinquante milliards de dollars, alors que la levée demandée table sur deux mille milliards. Un rapport de un à treize, environ. Et surtout : quarante-deux milliards de dollars de pertes en 2025.
Claire Martin: Quarante-deux milliards. Il faut prendre un instant pour absorber ce chiffre. C'est plus que le chiffre d'affaires de la plupart des entreprises du CAC 40, simplement brûlé en un an.
Nicolas Moreau: L'argumentaire de New Constructs, c'est le classique du scepticisme de valorisation : des pertes de cette ampleur n'ont jamais été rentabilisées par une introduction en bourse. Ils disent en substance que le marché paie une promesse, pas une entreprise.
Claire Martin: Et les défenseurs d'Anthropic — enfin, ceux qui trouvent la valorisation justifiée — répondent en général par les capacités : regardez ce que les modèles savent faire aujourd'hui. Et il faut être équitable, les modèles avancent vite. Prenez GLM-Legal, de Z.ai : dix-neuf virgule deux pour cent d'all-pass sur Harvey LAB, un benchmark juridique réputé très dur.
Nicolas Moreau: Et parité avec les modèles frontière sur LegalBench et PLawBench, deux autres références du domaine. Donc un modèle de Z.ai joue dans la cour des plus gros, au moins sur le droit.
Claire Martin: Et Meta, de son côté, lance Muse Wonder, présenté comme un modèle frontière, avec deux concepts : Active Memory et Active Focus, entraîné dans le datacenter Prometheus.
Nicolas Moreau: Active Memory et Active Focus, si on décode les noms : vraisemblablement une capacité à conserver et mobiliser du contexte sur de longues tâches, et à concentrer les ressources sur ce qui importe dans la requête. Ce sont les deux faiblesses historiques des modèles, donc c'est là que la compétition se joue.
Claire Martin: Et là, un rappel historique s'impose, et il est savoureux. Kevin Kelly avait prédit dès 2016 qu'en 2026, le produit principal de Google serait l'IA et non la recherche.
Nicolas Moreau: Et nous sommes en 2026. Donc la prédiction arrive à échéance pile maintenant. Et honnêtement, elle vieillit très bien : Google a repositionné l'IA au centre de à peu près tout ce qu'il fait. Ce n'était pas évident du tout en 2016 — à l'époque, c'était la recherche et la pub qui faisaient tout tourner.
Claire Martin: Ce qui nourrit le débat de fond : est-ce que la valeur suit les capacités ? Les modèles rattrapent les frontière, la démo est impressionnante... et en même temps une maison d'analyse dit que le leader du marché vaut un treizième de sa prétention. Les deux peuvent être vrais en même temps, et c'est ça qui est vertigineux.
Nicolas Moreau: Exactement. Le progrès technique est réel, et la surévaluation peut l'être aussi. Ce n'est pas contradictoire. La grande inconnue, d'ailleurs, c'est justement de savoir si la valeur finira par suivre les capacités — personne ne le sait encore.
Claire Martin: Et ces modèles ne restent pas dans les labos, ils se retrouvent embarqués dans des agents et des flux de développement. Donc parlons-en, des agents, et des outils du développeur en général.
Nicolas Moreau: Alors d'abord, un signal de demande : une startup nommée Agent37, issue du dernier batch de Y Combinator, loue des sandboxes pour agents IA. L'idée : quand un agent IA doit exécuter du code, il faut un environnement isolé et jetable. Agent37 en fournit, pour environ trente-sept cents par mois.
Claire Martin: Trente-sept cents par mois, c'est très peu. Techniquement, ils tournent sur Hetzner et OVH — donc de l'hébergement européen, pas du cloud américain — avec gVisor, le bac à sable de Google, pour l'isolation.
Nicolas Moreau: Et le chiffre qui en dit le plus long : quatre-vingt-dix pour cent des inscriptions prennent le plan gratuit. Ce qui veut dire que la demande explose mais que la monétisation, pour l'instant, c'est du vent. C'est le grand classique de la vague agents : l'usage précède le business model.
Claire Martin: Et le symbole est sympa aussi : l'infrastructure des agents IA tourne sur des serveurs européens bon marché, pas sur des GPU. Une sandbox pour agent, c'est du CPU et de l'isolation, pas de l'entraînement.
Nicolas Moreau: Ensuite, un sujet qui a fait grincer des dents : Codex CLI, en version 0.157.0, lance par défaut un démon persistant qui se met à jour lui-même. Et dans le détail : environ trois cent soixante-quatorze mégaoctets copiés, et des mises à jour horaires.
Claire Martin: Trois cent soixante-quatorze mégaoctets, chaque heure, potentiellement. Sur une machine branchée en fibre, on n'y pense même pas. Sur une connexion limitée ou une carte SIM, c'est de la bande passante brûlée sans consentement explicite.
Nicolas Moreau: Et le débat dans les commentaires était assez partagé. D'un côté, l'argument des défenseurs : un démon persistant, c'est du confort, l'outil est toujours prêt, toujours à jour, pas de version désynchronisée. De l'autre, les critiques : par défaut, c'est-à-dire sans opt-in, un processus qui se recopie et se met à jour toutes les heures, ça pose une question de gouvernance de la machine de l'utilisateur.
Claire Martin: Et je note que ça fait écho à notre fil rouge du début : un outil qui prend des décisions d'installation et de mise à jour sans vous demander, c'est exactement la frontière outil-automatisation dont parlait Hickey, appliquée à un outil de développement.
Nicolas Moreau: Passons à l'infrastructure de base de données, avec un benchmark très discuté : Postgres sur SSD NVMe local écrase EBS, le stockage réseau d'AWS.
Claire Martin: Les chiffres généraux, c'est : le stockage réseau introduit de la latence, des files d'attente, et des problèmes aussi prosaïques que le vacuum retardé. Le vacuum, rappelons-le, c'est le nettoyage interne de Postgres ; s'il prend du retard à cause d'I/O lentes, la table gonfle et tout se dégrade.
Nicolas Moreau: Et la discussion était intéressante parce que les deux camps avaient raison sur des points différents. Le camp « NVMe local » disait : pour une base de données transactionnelle, les allers-retours réseau sur chaque écriture, c'est rédhibitoire, la latence s'accumule. Le camp « EBS » répondait : le NVMe local, c'est le bondage à l'instance — si votre machine meurt, vos données sont sur une machine morte.
Claire Martin: C'est le vrai trade-off : performance contre durabilité et élasticité. La synthèse qui revenait le plus souvent, c'est : le NVMe local pour ce qui peut être reconstruit — réplicas, caches, données régénérables — le stockage réseau pour la source de vérité quand on ne peut pas se permettre de perdre une machine.
Nicolas Moreau: Et on termine cette partie avec trois brèves d'outillage, rapides mais toutes savoureuses. D'abord Firefox : mettre network.http.response.timeout à zéro dans about:config rend les gros téléchargements reprenables.
Claire Martin: Un réglage obscur qui résout un problème qui agace des gens depuis des années : un téléchargement interrompu par un timeout côté serveur, et il fallait tout recommencer. À zéro, le navigateur ne s'énerve plus et la reprise fonctionne.
Nicolas Moreau: Ensuite, marketyour.games : une application web commerciale, écrite en C, servie via CGI sur OpenBSD — la fameuse pile BCHS, avec SQLite derrière, et tout ça dans un seul binaire.
Claire Martin: Et ça, c'est un manifeste déguisé en site web. BCHS, c'est l'anti-React : pas de framework, pas de conteneur, pas de grappe de serveurs. Un binaire C derrière le serveur HTTP d'OpenBSD, une base SQLite, et ça tient une charge commerciale. Les partisans disaient : la complexité moderne est un choix, pas une nécessité. Les sceptiques répondaient : super, mais essayez de recruter des développeurs C et de faire évoluer ça sur dix ans.
Nicolas Moreau: Et troisième brève : zt, une adaptation de Templ pour Zig. Des templates HTML type-safe, échappés par défaut contre les injections, et transpilés au moment du build.
Claire Martin: Donc la philosophie de Templ — du HTML vérifié par le compilateur — portée dans l'écosystème Zig. L'échappement par défaut, c'est le point clé : la faille XSS devient une erreur de compilation plutôt qu'une mauvaise pratique à surveiller.
Nicolas Moreau: Et là, on sent bien la transition, Claire : les développeurs veulent de la prévisibilité, du contrôle, du compilateur qui garantit. On passe du logiciel au matériel... et sur le matériel, justement, le contrôle est parfois encore plus illusoire.
Claire Martin: Alors premier fait matériel, et il est très positif : le solaire de balcon vient d'être légalisé en Californie et dans neuf autres États américains.
Nicolas Moreau: Pour ceux qui découvrent le concept : un à trois panneaux solaires, qu'on branche directement sur une prise de courant domestique. Pas d'installation, pas d'électricien, pas de permis. Vous posez le panneau au balcon, vous branchez, il produit.
Claire Martin: En Allemagne c'est une pratique de masse depuis des années, et le fait que la Californie — et neuf autres États — sautent le pas, ça change l'échelle. Le message de fond : l'énergie domestique se démocratise, le consommateur devient un petit producteur sans passer par personne.
Nicolas Moreau: Et ça, ça rejoint notre fil contrôle-décentralisation : produire son électricité sur son balcon, c'est reprendre une parcelle de contrôle sur son quotidien. Même philosophie que le binaire C sur OpenBSD, en version kilowatts.
Claire Martin: Et sur l'automobile, une nouvelle qui a fait sourire et réfléchir en même temps : Citroën ressuscite la 2CV en petite citadine électrique rétro, à environ treize mille livres.
Nicolas Moreau: Présentée au Salon de Paris, avec une mise en vente visée en 2028. Treize mille livres, c'est le positionnement du low-cost — dans un marché électrique où la moyenne est bien plus haute.
Claire Martin: Deux inconnues là-dessus, d'ailleurs : la date exacte et le prix final en euros. Treize mille livres, c'est le chiffre annoncé, mais entre l'annonce et la commercialisation, on connaît la chanson.
Nicolas Moreau: L'argument du débat, c'était : la 2CV, historiquement, c'était « la voiture qui en fait le moins, mais qui le fait pour tout le monde ». Une version électrique à petit prix serait fidèle à cet esprit, ce que peu de constructeurs osent faire.
Claire Martin: Et maintenant, un hack dont je suis particulièrement fan : w1700k-sdr transforme un routeur Wi-Fi 7 Gemtek en récepteur SDR de trois cent vingt mégéchantillons par seconde, sur les bandes 2,4, 5 et 6 gigahertz.
Nicolas Moreau: Un SDR, récepteur radio défini par logiciel. Concrètement : le matériel radio d'un routeur grand public, qui coûte quelques dizaines d'euros, détourné pour devenir un récepteur large bande. Trois cent vingt mégaéchantillons par seconde, c'est un débit d'acquisition sérieux — le genre de chiffre qu'on attendait d'équipements à plusieurs centaines d'euros.
Claire Martin: Le chipset Wi-Fi 7 couvre les bandes les plus utilisées, donc d'un coup, l'écoute radio — analyse spectrale, recherche, protocoles sans fil — devient presque gratuite. C'est le genre de projet qui déplace une capacité réservée aux labos vers la masse des makers.
Nicolas Moreau: Et dans la même veine, le retour du spectaculaire : le PS2 recompilé statiquement pour WebAssembly fait tourner Gran Turismo 4 à cinquante images par seconde dans le navigateur. Sans émulateur. Avec WebGPU.
Claire Martin: Il faut bien mesurer la nuance technique, parce qu'elle est essentielle : ce n'est pas une émulation. La PS2 est un PowerPC-like avec des unités vectorielles exotiques, et l'émulation classique galère sur la précision. Ici, les jeux ont été recompilés statiquement — le code machine de la PS2 est retraduit en WebAssembly à l'avance, pas interprété à la volée.
Nicolas Moreau: Et WebGPU pour le rendu graphique, ce qui explique le cinquante images par seconde. Le débat dans les commentaires portait sur la pérennité : c'est du travail colossal, fait titre par titre apparemment, donc ce n'est pas « la PS2 est disponible dans le navigateur », c'est « Gran Turismo 4 l'est ». Mais comme démonstration de ce que WebAssembly et WebGPU savent faire aujourd'hui, c'est un jalon.
Claire Martin: Et pour finir ce tour du côté matériel, les téléphones Linux. Les conditions s'améliorent : le RK3588S, des SoC Qualcomm, l'environnement Phosh qui se stabilise. Mais la vraie barrière, disent les acteurs du domaine, ce n'est plus le logiciel ni le matériel.
Nicolas Moreau: C'est les entreprises et l'écosystème. Autrement dit : le noyau tourne, l'interface téléphone tourne, mais les applications — banque, messageries, tout ce qui ancre un smartphone dans la vie réelle — restent verrouillées côté fournisseurs. On peut avoir le meilleur portage Linux du monde, si votre application bancaire refuse de tourner, le téléphone reste secondaire.
Claire Martin: Et là, je veux faire un lien avec un détail technique qui paraît anodin mais qui est troublant : vfmaddrnd231pd. Une instruction FMA qui était documentée dans le manuel des développeurs Intel de 2024, qui a disparu du manuel de 2026, et qui lève une exception — instruction indéfinie, UD — sur Haswell.
Nicolas Moreau: Décomposons, parce que c'est vertigineux. Une instruction existe dans le silicium — Haswell, un processeur de 2013, la reconnaît et l'exécute ou plante dessus. Elle était documentée. Puis la documentation la retire. Donc le matériel sait faire quelque chose que le fabricant ne dit plus qu'il sait faire.
Claire Martin: C'est exactement notre thème de départ poussé à l'extrême : le contrôle passe par la documentation. Un développeur qui consulte le SDM 2026 croit que l'instruction n'existe pas. Le matériel, lui, a une opinion différente. Le fossé entre ce qu'on nous dit et ce qui tourne, il existe jusque dans les registres du processeur.
Nicolas Moreau: Et personne ne sait pourquoi elle a été retirée — erratum, fonctionnalité non finalisée, retrait délibéré ? C'est une inconnue de plus. Bon, Claire, on a fait le tour de la journée. Si on essayait de conclure ?
Claire Martin: Si je devais tirer un fil rouge : partout où on regarde aujourd'hui — le frigo, le cookie, le commit de Zod, le démon de Codex, le SDM d'Intel — la confiance repose sur des détails qu'on suppose bons, et qui ne le sont pas toujours.
Nicolas Moreau: Et la question ouverte de l'épisode, celle qui traverse tous les sujets : est-ce qu'on décide encore, ou est-ce qu'on délègue ? Que ce soit l'IA dans le code, dans la justice, dans nos portefeuilles ou sur nos balcons. La réponse change selon qui garde la boucle de feedback.
Claire Martin: Merci d'avoir été avec nous, moi c'était Claire Martin.
Nicolas Moreau: Et moi Nicolas Moreau. On se retrouve très bientôt, prenez soin de vos frigos.